Jean-Pierre Fauré

L'ARDOISE

GAMIN sur les bancs de l'école, aux matins frileux de l'Automne,

Alors que je rêvais d'amour, que j'avais encore le coeur lourd,

Des zéros pointés, j'en ai eu. Les premières places, j'ai pas connu.

Mais j' savais qu' zéro plus zéro ça faisait la tête à Toto.

Pendant qu' ça comptait à rebours,

Que mes rêves chevauchaient Pégase,

Elle me jouait déjà des tours, L’ardoise.

 

A la fête foraine de la vie, la grand' roue me fait pas envie.

Dans mes veines, un drôle de sang court. J'ai gardé l'âme troubadour.

Saltimbanque, chanteur des rues, j' multiplie les heures de chom'du,

Et j'ai le compteur à zéro comme la tête de Toto.

 

J’ai beau tutoyer les licornes,

Je sens son regard qui me toise.

Mine de rien, elle additionne, L'ardoise.

 

Sur la page de mes nuits blanches, je jette l'encre en avalanche.

Les vers divisent mon cerveau. J'ai l'estomac dans le goulot.

J'ai mal à mes alexandrins. J'me retrouve au petit matin,

Avec gueule de bois au bistrot, bobo à ma tête à Toto.

 

J'ai beau m' soustraire à cette idée,

Le jour de ma dernière Gauloise,

Il me faudra bien la payer, L'ardoise.

 

Du gamin des bancs de l'école aux matins frileux de l'automne,

J'suis toujours passé à côté de tous les chemins balisés.

Des zéros pointés j'en ai eu. Les premières places, j' les regrette plus.

Et j' m ’ en fous qu' zéro plus zéro, ça me fasse la tête à Toto.

 

A l'heure où j' boirai plus d' cervoise,

Je vous en prie, enterrez-moi

Loin des caveaux et de leurs toits d’ardoise.

AU FILIGRANE D'UN PALIMPSESTE

TROUVER LES MOTS

 

Dans la cendre des cigarettes,

Dans les poumons, dans les arêtes,

Dans la détresse des envieux,

Dans les rêves déjà si vieux

N’ayant plus sève ni rameau, il faudrait trouver les mots.

 

Dans ce regard où tout s’égare

Perdu sur le quai d’une gare.

Dans ce train aux essieux frileux

Qui l’emporte vers d’autres lieux,

La délaisse de son jumeau, il faudrait trouver les mots.

 

Dans les silences des défaites.

Dans  la lame de la machette,

A l’aube du dernier soupir

De ces âmes faites martyres

Atomisées comme grumeaux, il faudrait trouver les mots.

 

Dans l’enfance sans lendemain,

Louant ses yeux, vendant ses mains,

Récupérant l’or et l’argent

De ces ordis intelligents

Amuseurs de nos marmots, il faudrait trouver les mots.

 

Dans les lèvres remplis d’espoir

De cette file de trottoir,

Dans les poings levés vers les cieux,

Dans l’audace des audacieux,

Héritiers de Geronimo, il faudrait trouver les mots.

 

Pour terminer cette chanson

Tendre et chaude comme un glaçon,

Pour mettre un terme à cette fièvre

D’un obscurantisme qui se lève,

Pour éradiquer tous les maux, il faudrait trouver les mots.

 

Mon alouette, mon églantine,

Avant que d’être une orpheline

Pour t’aider en guidant tes pas

A ne jamais être l’appât

La proie du pire des animaux, je voudrais trouver les mots

 

Toi ma jumelle, moi ton gémeau

J’aimerais te trouver les mots.

VOILA

AMOUR REPTILE

 

Dis la belle idylle ! Ali aime Odile

D’une main habile, l’amoureux kabyle

Tel un du dimanche, retroussant les manches,

Dessine facile ses hanches graciles

                    Ali croque Odile.                        

 

Elle :   « Oh le beau dessin ! C’est-y du fusain, 

De la peinture à l’huile ?, lui demande Odile.

C’est-y z’au pinceau, ta croûte au couteau

Ou à l’éponge marine, c’est-y t’une sanguine ?

 

 

Lui :   - Ma foi, j’en saurien, c’est pas du Gauguin 

Ni Modigliani, ma jolie Dolly, c’est juste d’Ali !

Aimer m’rend poète, moi l’analphabète,

Plus con qu’un reptile loin de bords du Nil

Et ainsi soit-il.

 

 

Elle : -  Je suis pas d’accord, t’es un dinosaure

Mon quasi Komodo et grosso modo

C’est de l’amour pur, une valeur sûre,

Je prends tout le blot, toi et ton tableau

 

 

Lui : - Y'a rien de moins sûr qu'les amours qu’on susurre

Souvent ça s’écaille et part à la baille

En larmes de crocos, ça file à vau-l’eau

En déconfriture quand c’est sinécure

De n’plus s’voir en peinture ».

 

Mais la belle Odile dessous son nombril

Attends caïman un bel argument

Lardon ou donzelle, pinceau ou pucelle

A croire il, à croire elle, que passe t’il ou passe t’elle…


…Ce s’ra sans lézard, le mieux de tous les z’arts

Et à l’illusion, y r’peint la maison

Tout en camaïeu, l’amour c’est curieux,

Odile y croit fort, Odile y croit fort, Odile y croit fort

Est-ce Ali qu’à tort ?

 

                                                                            Jean Pierre Fauré 07/2015

                                                                          

DON JUAN ET CARMENCITA

Ce fut une histoire bien charmante que celle du seigneur Dom Juan,

Qui troussait les femmes galantes et les laiderons tout autant.

Il s’en allait de fesses en fesses, de petite étoile en nova,

De reine en infâme bougresse, comme fit plus tard Casanova.

Il voyageait de bras en bras et de culs à coeurs sans relâche,

Sans jamais subir de coup bas et sans s’essouffler à la tâche.

Il mit certains jours le couvert plus de dix fois sans sourciller

Dans un lit où à découvert, toujours le pied à l’étrier.

 

Mais jamais on ne le jeta sur la paille humide d’un cachot.

Et jamais personne n’osa le traiter de cœur d’artichaut.

 

Ce fut une histoire bien charmante que celle qu’on me récita.

Celle de la plus belle des amantes qui se nommait Carmencita.

Elle s’en allait de fesses en fesses, du pauvre Job jusqu'à Crésus,

De l’humble maraud à l’altesse, glorifiant le nom de Vénus.

Elle voyageait de gars en gars et de coeurs à culs sans ambages,

Sans jamais subir les dégâts qui vous font vieillir avant l’âge.

Elle se mit parfois à l’ouvrage plus de dix fois sans sourciller,

Avec constance, avec courage et sans jamais se faire payer.

 

D’une seule voix tous les chrétiens, ceux qui connaissaient son blason

Les aigris qui n’en savaient rien, la firent jeter en prison.

 

Lorsqu’on y pense c’est étrange et pour tout dire bien incongru

Qu’un homme puisse passer pour un ange, une femme pour la pire des grues,

Aux yeux de toute une populace, ce, pour le même vice reconnu,

Qu’elle soit jeté sur la paillasse et que lui soit porté aux nues.

 

Ce serait une histoire charmante que celle du seigneur Dom Juan

Si l’on octroyait aux amantes ce que l’on accorde aux amants.

Pour ma part, je n’ai pas de honte à vous parler de celle-là,

Que jamais personne ne raconte et que la morale scella,

Dont la fin est triste et méchante et qu‘un jour on me récita,

De l’histoire tout aussi charmante de la belle Carmencita

Qui fut la plus belle des amantes que jamais la terre ne porta.

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